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 Sujet du message: CR Race Across France 2022
MessagePosté: Mercredi 29 Juin 2022 20:18 
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Le clan d’Emile (Le Clan des 1000) XTD
En tête de la Race Across France
Je glisse sur le tremplin de bois dressé au pied du clocher de Megève qui sonne 10 heures pile. Les cadors du 2500K ne sont pas encore passés. J’ouvre donc la route à toute la course pendant quelques minutes. C’est Ultra-Noël à Megève!
Sûr du vélo, sûr du plan, je plonge dans ces 1000K avec un sourire qui fait le tour de ma tête.
Dès la première montée, mes nouveaux amis me rattrapent, nous sommes 155 à partir, un par minute. Pas d’affolement. Pendant 5 jours, nous allons nous revoir ou pas, avoir froid, chaud, faim ou sommeil ; souffrir et rire, ou pas. Ce ne sont ni les moines soldats du 2500, ni les puncheurs du 500, c’est le clan d’Emile.

Combien tu donnes ?
Pour tenir longtemps, je compte les Watts : rester doux sur les pédales ménage ma nature. Pas plus de 200 W (70% FTP) mais chaque jour je baisse de 15 Watts. Dès le premier jour, il faut enchainer les ascensions de légende par lots de 3 (menu light pour moi : Saisies + Cormet + Iseran). En fin de journée, la tortue ne crache plus que 140W et les cols t’enserrent : tu es cravaté. Certains arrivent à plonger dans la nuit mais c’est très désagréable. Le sentiment de ne plus avancer fait germer une détestation générale pour tout et tout le monde. Il faut manger, dormir.

Le clan dort partout
Depuis les hôtels pour les pieds tendres comme votre serviteur ; jusqu’aux devantures des premiers commerces susceptibles de les nourrir pour les experts, tout est bon. Dans les halls, les porches, les abris-bus, les laveries… On les y trouve emmaillotés dans des sarcophages de survie qu’on appelle bivys. Ils ne se lavent qu’habillés sans savon quand il pleut et en pédalant. Ils ne disent pas bonjour à leur pairs mais « -t’as dormi où ? ». Aux autres, ils ne parlent pas trop, c’est trop long à expliquer.

Qui sont ces dingos ?
Ça vole pas, ça resquille pas, ça se vante pas, zéro alcool. Ces mecs préfèrent se priver que pas t’aider, ils préfèrent fermer leur gueule plutôt que de blesser. Ils ne veulent que rire avec toi et aller au bout dans le temps qu’ils se sont imparti (et si possible en t’emmenant). Impossible qu’un des 155 te double arrêté sans te proposer de l’aide.
Si les paysages de la balade étaient parfois à couper le souffle, eux ils sont plus beaux encore. Je ne parle pas beaucoup des filles (elles allaient trop vite) j’en ai juste aperçu une : blessée, qui attaquait le Vercors à 50% de ses capacités et je donnais pas cher du Vercors. Ils ont plutôt 25-50 ans, des vélos bien rodés et du matos sérieux. Ils/Elles ne savent même pas leur classement, dans leurs yeux, l’espoir que le ciel tienne, qu’une pharmacie soit encore ouverte au prochain village, qu’on mange chaud ce soir, que leurs bobos dégonflent et surtout : que ça bascule !
On s’en est payé des tranches de rires ! La dérision emballe très efficacement la souffrance et la fatigue. Avec une méthode pareille, le clan bascule plus de cols qu’un régiment ne bascule de pintes. On hiérarchise les emmerdes, nombreux sont ceux qui se mettent à tousser au fil des jours, des orages, des descentes glacées, qui vomissent en cas de fontaine douteuse, rarement ils stoppent complètement. Quand ils se quittent, ils se répètent trois fois à quel point ils ont aimé être ensemble.

Une vieille chanson pop
Au SPAR de Val D’Isère, on était déjà un cimetière roulant en route vers les cimes. Harassés par les tunnels pleins de camions empoussiérés et pleins de flaques, rincés par les seaux de pluie, on était déjà bien dans le bain (il nous restait assez peu des souvenirs turquoises du Cormet, encore moins de l’étuvage qui avait suivi à Bourg Saint Maurice et sa fontaine dégueulasse). Alors on repart vers le haut ; sans fin.
La station devient minuscule puis la végétation disparait. La caravane s’étale et toi tu n’en peux plus. Ya déjà belle lurette que t’as enroulé 4500 m de déniv’ et ça continue alors il te faut un supplément d’âme. Une vieille chanson pop se présente aléatoirement sur Spotify. Trop défoncé pour sortir les écouteurs elle part nette dans le blanc et le silence de silex de l’Iseran. D’abord ce vieux synthé aux cheveux coupés ras puis la voix de cristal de Smalltown Boy, tu ne sens plus rien à présent, tu pourrais monter jusque dans la Lune pour toujours. Tes yeux rincent le sel sur tes joues. Ca fait des points clairs sur tes genoux couleur poussière de camion, c’est trop court, t’es déjà en haut.
Le sommet, la photo, et redescendre chez les hommes où on ne trouve à partager que la boue réchauffée d’un distributeur à pizza. Dodo. Demain c’est pire et c’est mieux…
Mon petit hôtel de StMichel reçoit le double de sa capacité habituelle, le clan déborde de chaque pièce mais la nuit est excellente - 84 euros avec douche et pdej à emporter à 5h du mat-

On remet ça
Le col du télégraphe, je me fais doubler normal mais il fait beau, des tronches mal réveillées émergent de doudounes oranges dans chaque chalet abri-bus. En basculant sur Valoire la pluie arrive et durera des heures. Un lot de croissants, deux cafés au lait et un motard qui m’interroge sur « pourquoi » et « comment », une fille du clan des 1000, silencieuse, rapide, termine le sien sous une banne humide. Des mecs arrivent, « -T’as dormi où ? ».
Je reprends l’ascension mais le mal au cul est devenu intolérable avec le froid de la pluie, il faut trouver une solution ou bien l’aventure va s’arrêter dans les 24 heures. Dans une épingle, un restaurant désert, je démonte la sacoche et dérègle l’inclinaison de selle ainsi que son angle afin de changer les points d’appui. Quand je remonte, je constate que la situation s’est améliorée mais requière une vigilance permanente.
En montant, j’insulte intérieurement ces enfants porschistes de 50 ans qui montent en équipes bruyantes avec des voitures de guignol (beaucoup plus bruyantes que rapides comme souvent), ainsi qu’un camping-cariste : «-Et voilà ! Il est content, il monte son monstre de 3500 Kg en haut du Galibier, et il est content ! » Mais en fait le mec s’arrête, descend son quintal sur le goudron et vient à ma hauteur pour me féliciter chaleureusement. Nous avons tous nos contradictions.

Faut pas trainer là-haut mais faut pas se planter
Le Galibier, c’est beau ! Surement. En tout cas, parfois c’est humide et froid. Une pluie raisonnable c’est pas trop gênant dans l’effort de la montée mais en altitude en basculant si elle est servie fraiche avec un nuage, c’est la merde. Faut piloter frigorifié sur les 10 prochains mètres de goudron et au GPS. Le Vélo guidonne dangereusement et le frein arrière ne marche plus. Ha Non, en fait c’est que tu trembles et que la pluie a fort pertinemment retiré l’huile de ta chaine pour la déposer sur la piste de freinage de la roue arrière. Serre les dents. Cela rentre peu à peu dans l’ordre en redescendant, tu te poses quasi sec mais déjà « bien sec » au pied de la Sarenne brulante en température et bouillante en pourcentage. Le Clan est là, c’est reparti.

Babylone d’Huez
J’hallucine tellement le col de Sarenne est beau et calme et ombragé et… parfois pentu mais tellement mieux que celui de l’alpe d’Huez (que nous ne montons pas). C’est dur mais ça passe. Par contre, arrivé à l’Alpe….. un chantier immobilier gris et assourdissant, le royaume du bétonnage de la montagne à ce qu’il m’a semblé. Tout est fait pour y extraire la livre sterling; les commerçants parlent mieux anglais que français. D’ailleurs c’est en anglais que je me rachète une gourde, ayant roulé sur ma 800 cl avec mon solide pote du Tricastin. La honte : j’ai une gourde Alpe d’huez moi qui suis en désamour avec le lieu. Nous avons tous nos contradictions….
Alerte météo, je m’habille pour l’apocalypse mais en fait, en redescendant à Vaujany, je crève de chaud, les techniciens EDF interviennent tranquillement sur les pylônes avec un camion grue de 30 mètres…Ça doit pas être bien grave cette météo. Je plie tout et je roule. Je tombe sur un avion du clan : son dérailleur électrique cramé l’a contraint à descendre louer un vélo à Bourg D’oisans pour finir l’aventure. Il s’agit de monter le Glandon mais c’est beaucoup plus dur que dans mes souvenirs (Bayou et moi nous tirions la bourre le long du lac de Grandmaison). Le lac me semble bien vide (comme mes réserves). Afin de ne pas m’éterniser (c’est la der de ma journée), je mets le curseur sur 230 W et la musique à fond dans mes oreilles. Alors c’est sûr ça monte ! Mais lorsqu’il ne reste plus qu’une tour Eiffel de rien du tout, lorsque je vois déjà le resto au col, ça ne monte plus. Plus du tout.
Je suis seul à marcher à côté du vélo dans ce long col silencieux, ayant 10 fois cherché où m’asseoir, le froid arrive mais je suis presque en haut, 183 mètres encore. Long ! En haut, Notre locataire brillant m’a attendu et on descend, enfin je pars du col tellement nase que j’oublie de fermer mon sac de selle et je m’arrête en espérant ne rien avoir perdu. De toute façon, je n’aurais pas la force de remonter chercher quoi que ce soit là-haut. (En fait je n’avais rien perdu). Ce soir : Je bouffe putain ! J’en peux plus des barres, des pizzas, du saucisson. Il nous faut un resto ! A ce moment, mon pote Camille me fait la surprise de venir à moto sur le tracé ! On part tous au resto routier (le seul ouvert). On dine avec encore un autre du clan qui a le même vélo que le Sté. Ce Bœuf bourguignon-Frites-Riz-tiramisu-tarte au pomme-San Pellegrino de rêve me permet de rallier l’Hotel B&B pour une bonne nuit réparatrice. A ce stade, on a fait que 350 Km ; mais on a déjà monté plus que l’Everest.

Le Nœud du problème
C’est à 6h30 le petidej au B&B, OK bon ben j’ai beurré comme un ouf, défoncé du croissant, du pain choc etc Mais depuis la banquette ! Parce que au niveau du cul, comment te dire…. Ca va pas trop le faire, pas du tout. Un d’Emile me double serein sur les prolongateurs dans le Grand Cucheron, taiseux, 66 ans, il a la même selle que moi mais maitrise complètement son trip. Je l’interroge, on a la même selle… sauf que la sienne est rodée sur un tiers d’équateur, elle est tendue, aucun problème. Il monte avec constance, prenant de bonnes pauses, sans tension. Je ne résiste pas et continue ma recherche desespérée de dérèglements antalgiques. Je (mon cul) n’en peux plus, je m’arrête dans une pharmacie et échange un petit moment sur l’anatomie masculine avec la pharmacienne. Y a plein de monde, mais si t’as assez mal, t’en a rien à foutre. Il faut rebattre les cartes pour pouvoir continuer. Finalement, je prends tout, j’applique tout, j’ingère tout, je re-dérègle tout. C’est reparti, si ça change pas, c’est mort de toute façon.
Le Col du Barrioz se laisse faire, alors on y va. Ordinairement on met un peu de creme dans le cuissard, là je mets un peu de fesse dans le pot de crème qu’est devenu mon Castelli. A la base de vie, j’ai un Assos qui m’attend, peut être m’aidera-t-il en modifiant encore les points de pression. Il fait très chaud, on est loin certes, mais la situation semble doucement se stabiliser.
La sieste de ma vie
La chaleur dans les balcons de Belledonne au-dessus de Grenoble est harassante, c’est du petit col qui attaque en meute, ils vident les jambes, les gourdes, tournent les têtes et nous perdent dans des déviations pleines de pelleteuses où de délicieuses fontaines enchantées permettent cependant de survivre. Sur une de ces éminences, un mémorial au maquis serti dans un carré de trèfle ombragé et humide, un petit air doux caresse le sommet et la pierre sombre du monument conserve encore un peu de fraicheur. Je mange tout ce qui me reste et m’étends les bras en croix, casque sur le visage. Un instant après (5 minutes ?, 45 minutes ?) je suis réparé, refait, c’est reparti, il reste des lignes sur mon programme de la journée : Grenoble en mode ignoble et le Vercors à la fois trop pentu en montée…et trop plat en descente…

Gaga Vroum Vroum Tut tut
Uriage rime avec gros orage, on continue, à Pont de Claix, il pleut des hallebardes et c’est abri bus le temps que les gouttes redeviennent gérables. Le Vercors nous annonce la couleur. Il faut d’abord finir de se défaire de l’automobiliste mâle grenoblois enrichi qui fait vroum vroum, tut tut avec son audi déguisée en voiture de course. Comprenez ! La pluie a fini de venir à bout de sa patience d’enfant de 4 ans.
Après le plus délicieux flan de la course (place du 8 mai 45 à Pont de Claix) Enfin ça se tasse et on grimpe. J’aperçois une Mathilde qui semble souffrir du dos mais grimpe en alternant position assise et danseuse (comme moi) on se double quelque fois puis elle part en duo, pendant ce temps, un camping-cariste me tend des pom potes (décidément). Arrivé en haut, il ne reste qu’un long faux plat jusqu’à la base de vie de St Jean en Royans mais je n’ai plus de jambes. Le Vercors en prends pour son grade : « ET où qu’elle est la pente ? » « ET ça faisait mieux le malin dans la côte de St Nizier !!!! » « ET c’est ça qu’t’appelle une descente ?? He ben… !. » Bref, je fais preuve de beaucoup d’intelligence pour cacher mon petit dépit d’être un peu fatigué. Il fait frais.
Un collègue (Tricastin je l’appelle) me rejoint, ce gazier est fort comme un bœuf, un des rares du clan qui soit plus lourd encore que moi, en plus il descend comme une locomotive.
Lui comme moi, on DOIT dîner sérieux avant la base, il nous faut du soliiiide!!!!!! On trouve un resto dans la descente, on y est assez bien mais on grelote quand même (la nuit tombe dans la descente et on est mouillés) et c’est suuuperrrr cherrrrr ! Bon tant pis, un gros burger frites, on se barre sans dessert.
Dans la descente les Gorges de la Bourne en mode nocturne, je récolte quelques collègues égarés (Tricastin m’a vite semé), on rallie enfin la première base de vie.

Au royaume des bénévoles
St Jean en Royans où des bénévoles parfaits nous prennent en charge. La sensation de confort est telle qu’on ne regarde pas les détails : soupe en poudre ? Rien à faire, elle est délicieuse ; Douches communes ? Rien à faire, je suis trop sale et j’ai trop froid ; Dortoir à 40 ? Rien à faire je dors comme un bébé…
Ha si quand même : « Je sais pas si c’est toujours le même abruti, quelle que soit la course de Bikepacking à laquelle je participe, qui laisse bipper son compteur Edge toute la nuit dans les dortoirs… Mais si il pouvait rester chez lui ou dormir sous la pluie les prochaines fois, on serait je crois tous d’accord.
Au matin, le réveil est rude mais il fait beau pour attaquer la Vénus du parcours, la route de Combe Laval. Un petit stop pour acheter un trio de pains au chocolat prépare une belle montée.

A des hommes comme vous on ne refuse rien
Les rafales d’eau me fouettent le visage, il faut fermer les yeux la plupart du temps. Pourtant il faisait beau jusqu’à ce que le col de la Machine cède la place à la machine à laver, au Rousset. Un éclair fend le goudron et ouvre des vannes célestes, libère les vents de l’apocalypse. Rester sur le vélo à 10km/h est très dur mais que faire ? Pas d’abri, juste du Vercors…vert…mouillé. Avant le cycle essorage, je déboule dans une boulangerie où grelottent déjà 3 membres du clan. J’achète tout, on reste une heure en outrageant le carrelage et en défonçant le stock, vidant les frigos de leurs boissons sucrées. Mais il faut repartir (pour finir dans les temps) Alors on repart, sous la pluie, ayant froid et très mal au fondement. Le tenancier qui nous trouve surement un peu trop ordinaires pour des fous nous gratifie d’un compliment puis nous rend à St Christophe. Pendant des heures, il pleut encore. Je crois qu’un des copains nous a quittés là. Mais le soleil finit par s’extraire d’un timbre-poste bleu coincé en bout de nuage, Il monte en puissance, décape notre eau, nos vêtements, on est baquinezebizness !

Le matériel ramasse aussi
Dans toute ces intempéries, ma frontale a cramé, les battery-packs, les chargeurs sautent comme des bouchons, les gps qui plantent. Tout est limite.
La consommation de crème anti friction passe progressivement de parcimonieuse en noisette Assos à Industrielle en gros abricots de la NOK de la pharmacie. Pareil : Au début, tu bois pas de café, à la fin tu te nourris d’Ibuprofène. Et PAS UNE GOUTTE d’alcool !
Une fois que Crest referme le portail du Vercors derrière nous, on roule au soleil et on sèche dans un vent favorable. Il le faut car ce soir on chassera le gros gibier, en nocturne.

Le Maître de l’esquive
Sur le papier, il est prenable. Pas un monstre ce géant ! C’est oublier que, dans sa solitude provençale, il s’est entouré d’un roncier de mauvaises routes malplates écrasées de soleil. Des cohortes d’automobilistes inféodés patrouillent pour rendre plus usant encore l’accès au pied de ce maître de l’esquive. Seules les lavandes et l’ombre tiède des pins (sieste avant Grignan, resieste après Grignan) me guideront des heures durant pour me laisser moulu et épuisé au pied de ce géant sans panache. Un sandwich à Malaucène puis on monte avec la nuit à l’assaut qu’il n’est plus temps de remettre. Une route tatouée de 11 et de 12, tarte comme tout et large comme un aérodrome mène dans une solitude noire un petit peu plus près d’une voute étoilée qui posera un baume magique sur ma déception (éteindre ses phares à l’avant en cas de solitude absolue). Comme il sera bien tard, après un siestou les yeux ouverts au pied de l’antenne, je redescends frigorifié sur les freins. Cette nuit seul avec le Ventoux m’a donc laissé froid mais amoureux du ciel…
Dans cette montée, j’ai croisé Lowcarb Frenchie, Julien Morel, et Alvaro s’est envolé. Des rencontres de qualité ! Apres avoir trainaillé dans la nuit, l’arrivée à Venasque fut plus sport. « Comment ça plus de chambres ? Gloups», Les bénévoles d’Arnaud ont une fois de plus fait bien au-delà de ce que l’on pouvait attendre d’eux. J’arrive à dormir quelques heures puis je repars pour la dernière grosse tirée du voyage.

Celle-là me fait peur depuis le départ
Sur mon programme, le cinquième jour est le plus balaise, il fait plus de 300 Km et 5000m de dénivelé positif. Moi qui suis dans un bel état (pas très compatible avec ce genre de sortie), au réveil, je commence à penser gestion de Cut Off.
J’ai le temps (j’ai plus de 26 heures pour faire ça et rester dans les délais) mais je ne me vois trainer ma charrue comme en haut du Glandon dans la nuit (je l’ai dit, c’est désagréable), je change donc de méthode. Plutôt que d’arriver carbonisé dans la nuit pour venir mourir dans l’hotel Ibis de Mandelieu, je vais me prendre un hotel avant les dernières difficultés, à Castellane. Ainsi je mangerais et dormirais tôt et pourrais attaquer ces deux derniers cols frais dans la nuit. Bien m’en a pris !
Enfin d’abord, j’ai pu me chauffer dans les jolies gorges de la Nesque puis rencontrer Luisa à Manosque qui a gagné le 500 (totalement insuivable, … sauf peut-être à la boulangerie) Enfin, les punchers du 500 arrivent et les filles ne donnent pas leur part au chien, ils ne dorment pas, ils/elles veulent finir dans la nuit.
Je m’arrête donc à l’hôtel après avoir fait de bonnes courses. Oui ça fait chier de prendre un hôtel dans un endroit sympa juste pour se doucher, manger et dormir 2 heures. Mais ma priorité, c’est boucler. Ça a l’air de marcher car non seulement j’ai évité l’attaque des patous de la mort qui ont poinçonné et mis hors course un frère ce soir là. Mais en plus, j’ai pu me tirer la bourre avec le gang des 300 km qui était bien chaud très tard cette nuit-là. Avec les 300 on se parle pas. Ils se parlent entre eux mais je comprends rien  Et puis beaucoup sont trop fort(e)s pour moi. Enfin ça arrive en haut avec des watts sérieux, je me sens bien, et j’amorce la descente vers la côte.

Aube de fin
En redescendant près de la mer avec 2 heures d’avance sur le temps limite (de 120 heures qui m’obsède depuis des mois), je me mets à muser dans le soleil orange tout neuf qui me découpe des palmiers et des clochers méditerranéens. Mon ombre veut jouer alors je danse longuement avec elle autour des ronds-points. Superbe lorsque je la vois glisser le long des remparts, elle se fige sur les photos. Je ne pourrais pas garder ça... Je ne pourrais pas garder grand-chose de cette douce chaleur, de ce quasi-accomplissement, j’ai presque fini et ces descentes cossues me font un paradis éphémère encore frais et peuplé seulement de quelques mitrons. Je tarde à le quitter cet acquis d’un instant. Il le faut pourtant, l’arrivée est là et on a tant fait pour ça. J’aurais bientôt un cube de bois gravé, un tshirt, des amis pour en parler ce Dimanche. Je pourrais même reboire de l’alcool.
Mais quand la mer me rejoint, je lève le vélo sur la photo et reste seul au bord de l’eau, béat comme dans un sas avant de reprendre une vie qui s’était arrêtée, durant 118 heures.

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 Sujet du message: Re: CR Race Across France 2022
MessagePosté: Mercredi 29 Juin 2022 22:25 
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 Sujet du message: Re: CR Race Across France 2022
MessagePosté: Jeudi 30 Juin 2022 6:29 
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 Sujet du message: Re: CR Race Across France 2022
MessagePosté: Jeudi 30 Juin 2022 10:14 
Encore félicitations pour cette magnifique aventure !
Respect. T'es un Warrior !
Ton CR est magique, comme tu le fais régulièrement.
Reposes toi bien et récupères.


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 Sujet du message: Re: CR Race Across France 2022
MessagePosté: Samedi 02 Juillet 2022 6:43 
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Anecdotes:
Les courses : 18 Snickers, 1 Mars, 2 Pommes, 2 oranges, 25 pains au chocolat et 8 croissants, de nombreuses tablettes de chocolat, 1 Magnum double Caramel (éviter en ultra), 2 tiramisus, 7 Bananes, trop de barres, trop de sachets de saucisson (8 ?) 3 salades à emporter. 4 Sandwiches. 1 Pizza de machine (beurk), 4 flans nature, je ne sais combien de cocas et d’ice teas. J’avais emmené beaucoup de cash mais j’en ai juste passé 10 euros (apres t’es emmerdé avec les pieces)
• 3 Hôtels (238 euros), 3 Restaurants (72 euros), 2 Bases de Vie (St Jean en Royans et Venasque)
• 1 Bidon éclaté dans la Sarenne (que de l’eau dans mes bidons) (7 euros)
• 1 Bindi (lampe frontale) décédée par noyade dans le Vercors (30 euros)
• 3 tubes de Gel (1 Muc Off, 1 Assos, 1 NOK 8.95 euros)
• 1 Gapette RAF oubliée au B&B de la Chambre :-(
• 2 Cuissards courts, 1 selle Brooks B17 imperial en cours de formation (elle avait déjà 1500 bornes avant….)
• Le Vélo Bulletproof : 0 Crevaisons (Continental 4 seasons, chambres continental wide), 0 Reglages à faire, 0 défaillances technique, 3 rajout d’huile de chaine (on a pris des trombes d’eau)
• 5 Lampes, toutes rechargeables, un Battery Pack de 10000 (idéal) et un battery Pack de 20000 (dans le dropbag, même pas utilisé)
Conseils:
• Prendre une doudoune (pour les nuits et les pauses hors hotel)
• Prendre du matériel Bulletproof qui craint pas la misère, laisse tomber les dérailleurs électrique et les chambre à air ultralight dans des pneus trop fragiles même neufs, (en l’état actuel de la technologie)
• Même si t’es au bout, prends soin des bénévoles
• Même si t’es au bout, ne crois jamais que tu peux abaisser ton niveau de prudence : Lumières arrières allumées nuit ET jour en clignotant. Il se trouvera toujours sur ta route un automobiliste, un motard, un chauffeur… beaucoup plus incompétent, inconséquent, que toi tu ne seras prudent et bien positionné et bien préparé. Ecoutes les venir. Anticipe.
• Beaucoup de crème
STATs:
69 Heures de selle, 160W NP ; 132W Avg ; 38600 Kcal ; 16 Km/h ; Environ 17 heures de Sommeil en 8 fois (dont 3 siestes) Vmax 82 Km/h, Vélo 17.91 Kg hors nourriture ; 16 heures de roue libre, 21300m D+ ; TSS : 2045, 1 096 Km

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 Sujet du message: Re: CR Race Across France 2022
MessagePosté: Dimanche 03 Juillet 2022 18:01 
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Incroyable ! Bravo !


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 Sujet du message: Re: CR Race Across France 2022
MessagePosté: Dimanche 10 Juillet 2022 20:07 
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Messages: 263
Localisation: GENAY
Contrairement à toi planplan, les mots me manquent
D'un côté je suis admiratif et de l'autre je me dis qu'il faut être fou : cà doit être çà le monde de l'ultra...
Un grand bravo à toi pour cette aventure et accomplissement personnel

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2017 : S Saint Pierre d'Albigny
2018 : 70.3 Aix en provence - XL Gérardmer - M Aix les bains
2019 : XL Polar Cannes - IM Nice
2020 : Euhhh...ben rien en fait
2021 : M Alpe d'Huez
2022 : XL Polar Cannes - IM Klagenfurt


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